Cet atelier de recherche en ligne d’une journée s’inscrit dans un programme mené par le Centre de recherche du château de Versailles, consacré à l’histoire sociale, matérielle et culturelle des diplomates étrangers à Paris à l’époque moderne (des traités de Westphalie en 1648 à la fin de l’Ancien Régime français en 1792). Le programme ambitionne de déplacer le regard vers les individus qui font vivre la diplomatie au quotidien, des ambassadeurs aux secrétaires, des nonces aux résidents, sans négliger leur entourage, les épouses, les familles et le personnel domestique. Son objectif est d’interroger leurs sociabilités, leurs cultures matérielles et symboliques, ainsi que les réseaux qu’ils tissent au sein de l’environnement urbain et curial.
Ce premier atelier porte sur les sources conservées aujourd’hui hors de France. Il vise à interroger, grâce à elles, les formes concrètes de la présence diplomatique mondiale à Paris, ainsi que ses pratiques, ses sociabilités, ses réseaux et sa matérialité, au plus près de l’ensemble de ses acteurs, et ce au travers d’études de cas. Il se veut être un jalon pour une nouvelle compréhension de la présence étrangère dans le Paris de l’époque moderne.
L’atelier de recherche part d’un constat simple : une part décisive de la présence diplomatique à Paris, de ses logiques d’action et de ses sociabilités, se lit dans des archives produites, collectées et ordonnées ailleurs, dans les chancelleries, secrétariats d’État, maisons princières, administrations et réseaux d’information des puissances étrangères. Or, dans le prolongement, notamment, des apports de la nouvelle histoire diplomatique, il convient de considérer que ces fonds ne permettent pas seulement de documenter les « grandes » décisions diplomatiques, mais aussi des phénomènes sociaux et culturels globaux que le programme de recherche souhaite questionner. Ces fonds donnent accès aux niveaux intermédiaires et ordinaires de l’activité : la fabrique de la représentation, la gestion des maisons et des personnels, les circuits de recommandation et d’intermédiation, les usages de l’espace parisien, les relations avec la cour et la ville, les dynamiques confessionnelles, les sociabilités mondaines, les conflits de préséance, ainsi que l’économie matérielle des ambassades et des légations.
L’objectif de la journée est double : d’une part, faire connaître des corpus souvent dispersés et inégalement accessibles ; d’autre part, démontrer, par la preuve, ce que ces sources peuvent apporter en termes de connaissances historiques lorsqu’on les applique à un cas précis. Chaque intervention devra ainsi articuler un fonds ou un ensemble de documents avec un cas d’étude clairement circonscrit, afin de rendre visibles à la fois les apports et les limites du matériau : la granularité de l’information, les biais de production, les points aveugles, les possibilités de croisement avec d’autres séries et, en conclusion, le potentiel de comparaison entre espaces politiques.
Les approches méthodologiques et/ou transdisciplinaires sont totalement ouvertes, notamment celles inspirées du Global turn et de l’histoire de la matérialité sensible, permettant aux chercheuses et chercheurs confirmés, archivistes et professionnels du patrimoine, doctorantes et doctorants, postdoctorantes et postdoctorants de proposer : études de cas micro-historiques, comparaisons, mises en série, prosopographie, cartographie, analyses de réseaux, à condition que le cœur de la proposition reste la démonstration par les sources.
Les travaux de ce premier atelier, ainsi que ceux d’un second – prévu en 2027 et consacré cette fois aux sources françaises –, précéderont et alimenteront la tenue à Versailles d’un colloque international final dédié à des synthèses destinées à croiser les résultats, à dégager des tendances et à proposer des lectures transversales.
L’atelier de recherche accorde une attention particulière aux sources étrangères permettant de reconstituer les réseaux et les cultures du monde diplomatique à Paris. Sont notamment attendues des propositions montrant comment les archives étrangères donnent prise sur : les chaînes de médiation (secrétaires, interprètes, agents, informateurs, fournisseurs, ecclésiastiques, banquiers, marchands, artistes), les formes de capital social (recommandations, patronage, clientèles, parentèles, alliances), la circulation de nouvelles, de rumeurs et d’écrits, l’économie des dons et contre dons, les pratiques de représentation (cérémonial, fêtes, spectacles, visibilité urbaine), les circulations d’objets et de services (achats, commandes, livrées, carrosses, logements, domesticité), ou encore la topographie des présences diplomatiques (résidences, lieux de sociabilité, espaces confessionnels, itinéraires, ancrages dans la ville).
Les propositions peuvent notamment s’inscrire dans les thématiques suivantes, telles qu’elles structurent le programme de recherche :
A. Acteurs, maisons et hiérarchies diplomatiques : ambassadeurs, nonces, envoyés, résidents, secrétaires, interprètes, agents, personnels « invisibles » ; carrières, compétences, statuts, mobilités, et, plus largement, chaînes de médiation entre des systèmes de normes et de valeurs différents.
B. Femmes, couples, famille et diplomatie informelle : rôles des épouses, des parentes, des dames de compagnie, des enfants et familles, stratégies d’acculturation, médiations, correspondances, sociabilités, réseaux transnationaux, charité, patronage et formes de capital social.
C. Cérémonial, préséances et concurrence de magnificence : entrées, audiences, disputes de rang, fêtes, dons, musiques, cortèges, dépenses visibles et stratégies de représentation, en lien avec l’économie des dons et contre-dons, la visibilité urbaine et la réception des manifestations de cette concurrence de magnificence.
D. Cultures matérielles et économies de la représentation : budgets, gages, remises, achats et ventes (présence dans le tissu économique et marchand local), livrées, carrosses, fournisseurs, présents, pratiques de consommation, inventaires, circulation d’objets (art et collections) et de services.
E. Sociabilités, acculturations, pratiques religieuses : salons, voisinages, pratiques linguistiques, lieux de culte, sociabilités confessionnelles, spectacles, lectures, circulation de nouvelles, de rumeurs et d’écrits, médiateurs et réseaux curiaux.
F. Lieux, résidences et topographie du pouvoir : hôtels, légations, déplacements, ancrages urbains, cartographie historique, articulation entre Paris et Versailles, topographie des présences diplomatiques (résidences, lieux de sociabilité, espaces confessionnels, itinéraires), extraterritorialité et frontières symboliques de l’ambassade.
Les propositions de communication doivent être envoyées à benjamin.ringot@chateauversailles.fr avant le 31 mai 2026.
Les propositions doivent obligatoirement comporter les éléments suivants :
Lucien Bély, professeur émérite, Sorbonne Université, coordinateur du programme de recherche « Le monde diplomatique à Paris… », président du comité scientifique du CRCV ;
Mathieu da Vinha, directeur du CRCV ;
Benjamin Ringot, chef du service de la recherche, des événements et des enseignements du CRCV ;
Mathilde Deroin, chargée de recherche du CRCV sur le programme « Le monde diplomatique à Paris… ».
Date limite d’envoi des propositions : 31 mai 2026 (par courriel)
Réponse du comité d’organisation : 22 juin 2026 (par courriel)
Tenue de l’atelier : mercredi 16 décembre 2026 (en ligne)
Remise des textes : avant le 31 mars 2027.
